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L' HISTOIRE de GRAND MARNIER
Nous allons vous décrire ici l'histoire de la distillerie GRAND MARNIER à Neauphle-le-Château.
Mais désormais vous pouvez aussi consulter un livre exceptionnel consacré à l’histoire de Grand Marnier à travers de nombreuses photographies.
 
Ce livre est à découvrir au local du Syndicat d’Initiative, 14 Place du Marché, aux heures d'ouverture.
Il a été offert au Syndicat d’Initiative par Christian Noël-Brochet, afin que chacun puisse découvrir ou redécouvrir une partie de l’histoire de notre commune.
Nous lui adressons nos sincères remerciements.
Le livre de photographies Grand Marnier
Couverture du livre Grand Marnier
Une des photographies du livre
Un courrier, extrait du livre
Une des photographies du livre
En 1827 est fondée à Neauphle-le-Château une entreprise qui devait étendre la renommée du village aux quatre coins du monde.
Cette année là, Jean-Baptiste Lapostolle, issu d’une famille parlementaire parisienne, installe une modeste distillerie dans des bâtiments anciens au nord de la place de l’Eglise. Au départ la marque n’existe pas encore et le commerce est purement local, mais la distillerie acquiert rapidement une belle réputation pour la qualité de ses liqueurs.

C'est la guerre de 1870 qui, indirectement, va en changer le destin. Le fils de Jean-Baptiste, Eugène, qui avait succédé à son père en 1859, face à l'invasion prussienne s'installe dans la région de Cognac. La guerre finie, en 1871, il ramène dans les caves de la distillerie un stock d’eaux-de-vie de cognac, qui allait permettre à son futur gendre et successeur Louis Alexandre Marnier d’imaginer et créer la célèbre liqueur.
 
Louis Alexandre Marnier-Lapostollle 2.jpeg
En effet, son jeune collaborateur Louis Alexandre Marnier, fils d’une famille de négociants en vins de la région de Sancerre et qui distribuaient les produits de Lapostolle, pris sa succession à son décès en 1880, et épousa sa fille Julia en 1881, créant ainsi la famille Marnier-Lapostolle
Il eut l’idée d’associer le cognac (de Fine Champagne) à des écorces d’orange amère, mais pas n’importe quelle orange, une variété rare venue des Caraïbes (principalement Haïti), le bigaradier.
La distillerie avait déjà créé une liqueur d’orange fabriquée à partir d’alcool neutre et de ce fruit rare et exotique pour l’époque. Marier la saveur d’un fruit aussi exotique et coûteux à un alcool au goût puissant était alors aussi audacieux qu'avant-gardiste.
Après des années d’expérimentations, Louis Alexandre créé en 1880 une nouvelle liqueur à la saveur douce amère dont l’équilibre lui semble parfait.
L'entrée de la distillerie Grand Marnier (vers 1900)
L'entrée de la distillerie Grand Marnier (vers 1900
Cette nouvelle liqueur fut d'abord appelée 'Curaçao Marnier', conformément à la gamme de liqueurs de l’entreprise.
Mais il fallait une bouteille à la hauteur, Louis Alexandre Marnier-Lapostolle eut la magnifique idée d'une bouteille personnalisée en s’inspirant de la forme d'un alambic traditionnel de cognac, clef de la saveur de sa liqueur. Elle fut conçue par le spécialiste du cristal, Baccarat.
Il l’a ensuite enrichie d’un sceau de cire et d’un ruban, initialement jaunes, puis dans leur couleur définitive, le rouge, toujours utilisé aujourd’hui - c'est l'origine du Cordon Rouge.
Cette bouteille remplaça la bouteille d'origine, à section carrée, que l'on peut apercevoir en arrière plan à gauche dans l'affiche ci-dessous.
Affiche du Curaçao Marnier, vers 1890
Alambic charentais
Marnier-Lapostolle, atelier de mise en bouteilles
Très entreprenant, Louis Alexandre se charge alors de la faire connaître lui-même, en France comme à l’étranger.
César Ritz
On attribue à César Ritz, ami, et fondateur du légendaire hôtel Ritz, d'avoir imaginé le nom final de la liqueur.
Il fut si impressionné par la liqueur qu’il suggéra un nouveau nom : 'Grand Marnier'.
"Un grand nom pour une grande liqueur !" aurait-il dit, en réaction à la mode à Paris qui était à l’époque de tout appeler "petit".

L’appellation ’Grand Marnier’ était née.
La qualité et l’originalité de la liqueur 'Curaçao Marnier', puis 'Grand Marnier', fut confirmée par l’obtention de plusieurs médailles, notamment celles des Expositions Universelles de Paris en 1889 et 1900, et de Chicago en 1893. Elles contribuèrent à sa renommée dans le monde entier.
Document Marnier-Lapostolle de 1883
Document Marnier-Lapostolle de 1889 (avec en-tête 'Curaçao Marnier')
Document Marnier-Lapostolle de 1912
Louis Alexandre Marnier-Lapostolle fait découvrir sa liqueur à une clientèle riche et internationale, la liqueur accroît ainsi son prestige en diverses Cours d'Europe. L’empereur d’Autriche François-Joseph aurait même commandé 12 caisses de Grand Marnier après avoir dégusté la liqueur au Grand Hôtel de Monte-Carlo.

Mais c'est en Grande-Bretagne que la faveur du Grand Marnier fut la plus rapide. Il semble que la liqueur ait eu deux grands introducteurs en la personne du Prince de Galles (futur Edouard VII) et du Comte de Derby.
Celui-ci l'estimait si haut que chaque année pour son Christmas il faisait servir sur sa table, avant le traditionnel pudding, une dinde qui avait été abreuvée de Grand Marnier pendant un mois.
Quant au Prince de Galles, certains spécialistes gastronomes assurent que c'est pour lui (plus exactement pour une de ses amies françaises) que le maître-queux Auguste Escoffier inventa le délicieux entremets appelé Crêpes Suzette.
 
En plus des crêpes Suzette, le Grand Marnier sera réputé pour accompagner de nombreuses recettes de desserts, comme le soufflé ou le nougat glacé. Aux États-Unis, qui deviendra son principal marché, il est surtout très utilisé dans des cocktails tels que le Grand Margarita, le Grand Cosmo, le Red Lion...
Crêpes Suzette au Grand Marnier
 🍸
Soufflé au Grand Marnier
Louis Alexandre Marnier-Lapostolle allait rester à la tête de l’entreprise jusqu'en 1930, date de sa mort à 73 ans.
Il ne s'était pas contenté de son Grand Marnier, il y avait ajouté plusieurs autres produits de même qualité et qui se vendirent très bien : le 'Cherry Marnier', par exemple, dont la saveur fruitée provenait des cerises griottes, les célèbres marasques qui ont donné leur nom au marasquin.

Mais par la suite, la famille Marnier-Lapostolle mis fin progressivement à la production de leurs autres liqueurs afin de se concentrer sur le Grand Marnier, en commercialisant différentes cuvées spéciales, comme la 'Cuvée du Centenaire' en 1927, ou la 'Cuvée Louis-Alexandre'.

En 1960, la liqueur Grand Marnier était disponible dans plus de 150 pays dans le monde.
La bouteille marron toute en courbes, très reconnaissable, tout comme le cachet de cire, le ruban rouge et l’étiquette ivoire avec ses lettres gothiques, n’ont pratiquement pas changé depuis leur création il y a presque 150 ans.
 
Grand Marnier face à l'église. Au fond, la mairie
Grand Marnier, salle d'exposition (Place de l'église)
Pour répondre à une croissance importante de la demande, en 1975, faute de place sur le site de la distillerie et devant le refus de la SNCF de créer un embranchement ferroviaire spécial en gare de Villiers-Neauphle, les activités de conditionnement sont transférées à Aubevoye (près de Gaillon, dans l'Eure). 

La distillation se poursuivra sur le site d’origine de Neauphle-le-Château jusqu’en juin 2012, où 10 millions de litres de Grand Marnier étaient produits chaque année. 
L’usine ne répondait plus aux nouvelles normes de sécurité et environnementales et dut fermer à cette date, la distillation étant alors transférée à Bourg-Charente, près de Cognac, où se trouvaient déjà les chais de cognac de la société.

Les bâtiments, inutilisés depuis, sont encore visibles, mais plus pour très longtemps car un projet immobilier doit prochainement naître à cet emplacement.
Voici quelques photographies de la distillerie, prises avant sa fermeture en 2012 : 
Les sacs d'écorces d'orange
La distillerie
Les fûts de stockage en chêne
Une belle histoire qui aura commencé il y a maintenant pratiquement 200 ans !
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